Bienvenue au Cœur de l'Imaginarium !
 
AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 [Editeur] Editions Luciférines

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
ninik

avatar

Masculin Messages : 2833
Date d'inscription : 29/05/2014
Age : 39
Localisation : Liège

MessageSujet: [Editeur] Editions Luciférines   Mer 4 Juin - 14:03



Mon Image
Editions Luciférines




Des littératures de l’ombre aux textes transgressifs, les éditions Luciférines avancent vers des courants contraires. L’œil braqué sur le splaterpunk anglo-saxon, l’héritage surréaliste et romantique, nous cherchons l’expression franche et intérieure d’une horreur contemporaine, des égarements de l’esprit, des auteurs, enfin, qui feront plus que vous raconter une histoire.
Très attachées aux cultures underground, les éditions Luciférines n’hésitent pas à s’aventurer sur des terrains peu explorés. Créez votre lumière dans l’obscurité, découvrez nos auteurs et nos projets.



  • Site : http://editionsluciferines.com/

  • Facebook : https://www.facebook.com/luciferines



_________________
lecture en cours : Les Lames du cardinal de Pierre Pevel
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://niniksland.eastasia.fr/
ninik

avatar

Masculin Messages : 2833
Date d'inscription : 29/05/2014
Age : 39
Localisation : Liège

MessageSujet: Re: [Editeur] Editions Luciférines   Mar 8 Juil - 10:32



Mon Image
Nouvelles Peaux, de Collectif





Anthologie avec : Jean-Charles Flamion, Quentin Foureau, Morgane Caussarieu, John Steelwood, Jean-Pierre Favard, Pierre Brulhet, Joëlle Cordier, Bruno Pochesci, Unity Eiden, Théo Gwuiver et 6 illustrations de Nejma El Goumzili.

Et si tout devait recommencer ? Un meurtrier reçoit des sms d’outre-tombe, la mort s’invite en combinaison vinyle à une soirée lubrique, des momies philosophent sur les tombes, une fille muette hante une école abandonnée… Alors que le monde moderne pensait être débarrassé des hantises du XIXe siècle, d’étranges phénomènes perturbent à nouveau les quotidiens. Un homme prétend invoquer la peste, des étudiants en médecine mènent des expériences sur le magnétisme, un téléphone ne veut plus s’arrêter de sonner, …

Du Chat noir au Corbeau, dix auteurs réinterprètent à leur façon les Histoires extraordinaires et autres nouvelles tirées de l’œuvre du maître du fantastique, Edgar Allan Poe. Il faudra affronter le surnaturel, l’invraisemblable et la folie, perdre tous ses repères, pour arriver au bout de l’horreur.



  • Genre : fantastique
  • Nombre de pages : 150
  • Format : papier





_________________
lecture en cours : Les Lames du cardinal de Pierre Pevel
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://niniksland.eastasia.fr/
ninik

avatar

Masculin Messages : 2833
Date d'inscription : 29/05/2014
Age : 39
Localisation : Liège

MessageSujet: Re: [Editeur] Editions Luciférines   Mar 8 Juil - 10:36

Mon Image
Nouvelles Peaux, de Collectif

Critique de Frei (à lire aussi sur son blog ici)

Dix auteurs remettent au goût du jour les Histoires extraordinaires et autres nouvelles d'Edgar Allan Poe, entre horreur, folie et fantastique, nous sommes gâtés. Aussi bien pour les fans inconditionnel de l'auteur de génie qu'était Poe que les néophytes, ce petit recueil est à posséder d'urgence!

Les nouvelles sont dans l'ensemble bien écrites, c'est fluide, et le vocabulaire utilisé par nos auteurs est plutôt riche. Outre les nombreuses références aux oeuvres originales, donner un petit coup de jeune à ces nouvelles, un pari assez risqué, mais pourtant bien réussi. En effet, les auteurs s'inspirent de l’œuvre originale pour recréer de nouvelles histoires, mais il n'a pas été compliqué de repérer certaines d'entre elles, comme Le Corbeau, Le masque de la mort rouge ou La chute de la maison Usher.

Si je ne devais garder que trois nouvelles, le choix est dur, mais j'ai eu un coup de cœur pour Le point de non retour de Théo Gwuiver, mêlant folie, expérimentations sur cadavre et mort étrange, Ils iront tous à la morgue de Unity Eiden, mêlant ici aussi la folie à la mort, aux maladies purulentes et autres cadavres et Le masque de la mort lente de Morgane Caussarieu (décidément, elle m'épate de plus en plus! Réussir à quitter son domaine de prédilection, à savoir les vampires, et faire toujours aussi bien!), mélangeant SIDA et enfermement, qui reste dans la lignée du style de l'auteure : dérangeante à souhait! Et c'est bien ça qui m'a le plus plu dans ces trois nouvelles, le côté dérangeant, mêlant adroitement la folie à la mort, elles me sont restées longtemps en têtes après ma lecture.

Je n'ai cependant pas apprécier Jamais plus! de Bruno Pochesci. Le mélange des œuvres de Lovecraft, Stephen King et Edgar Allan Poe ne m'a pas plus enchantée que ça. Je n'ai pas non plus aimé Dédale, de Joëlle Cordier, qui est la seule qui m'a semblé trop légère et un peu éloignée de l'univers fantastique de Edgar Allan Poe.

En bref, un bon petit recueil bien écrit, qui plaira autant aux fans des œuvres de Poe qu'aux néophytes. Ça a été l'occasion de découvrir des auteurs talentueux à suivre, et donne envie de (re)lire leurs ouvrages pour certains. Merci beaucoup aux éditions Luciférines et au forum Au coeur de l'imaginarium pour ce partenariat!

_________________
lecture en cours : Les Lames du cardinal de Pierre Pevel
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://niniksland.eastasia.fr/
ninik

avatar

Masculin Messages : 2833
Date d'inscription : 29/05/2014
Age : 39
Localisation : Liège

MessageSujet: Re: [Editeur] Editions Luciférines   Sam 19 Juil - 13:23

Mon Image
Nouvelles Peaux, de Collectif

Critique de Cappuccino

C'est par un sourire provoqué par le jeu de mots du titre que le lecteur entame cette anthologie consacrée à Edgar Allan Poe. Dix auteurs différents sont donc réunis pour nous proposer un voyage dans l’univers du célèbre auteur américain.
Le recueil présente les nouvelles une à une, parfois agrémentées d'une illustration, en prenant soin d'intégrer après chaque récit une biographie succincte ainsi qu'une bibliographie de l'auteur concerné. Une organisation plutôt agréable si le lecteur souhaite en savoir davantage après avoir été charmé par l'une des histoires.
Cependant, il est regrettable de ne point y trouver les écrits qui ont pu inspirer l'auteur. En effet, si certaines nouvelles laissent apparaître clairement leur ascendance, d'autres cachent tellement bien leur filiation qu'à moins de connaître l'œuvre d'Edgar Allan Poe sur le bout des doigts, il est impossible d'identifier le matériau d'origine.

Écrire en s'inspirant de ce grand écrivain, est-il un pari réussi ? Malheureusement, le recueil s'avère très inégal, certaines nouvelles ne parvenant pas à faire ressentir les émotions qu'elles aimeraient transmettre. Plusieurs d'entre elles sombreront même facilement dans l'oubli.

On peut ainsi noter le cas d'Insomniaque de Jean-Pierre Favard. Le style d'écriture est tout à fait plaisant, sachant se faire fluide tout en servant son récit. Cependant, la nouvelle est bien trop courte pour que le lecteur puisse ressentir une quelconque implication. Insomniaque clame haut et fort s'inspirer de Petite discussion avec une momie, et l'auteur parvient à créer une rencontre fantastique du même type tout en s'affirmant comme le successeur de cette nouvelle, mais ce n'est hélas pas suffisant pour inciter à la peur. L'effroi du narrateur paraît donc quelque peu exagéré, et la nouvelle se termine brutalement, laissant le lecteur de marbre face à cette discussion pourtant peu commune.

La valise de Pierre Brulhet fait également partie de ces nouvelles qui peinent à se démarquer, mais contrairement à la précédente, il est difficile de lui assigner un récit particulier de Poe. Tout comme Insomniaque, le style d'écriture est agréable et on se laisse facilement porter par l'histoire. Hélas, le déroulement des événements est affreusement prévisible, empêchant le retournement de situation ainsi que la dernière pointe mêlant ironie et cynisme nous atteindre réellement. Pourtant, il y avait de bons éléments, comme un aspect policier ainsi qu'une once d'angoisse, pouvant mener à un récit captivant.

Enfin, il est un cas plus particulier où ce n'est pas la simplicité qui rend la nouvelle impénétrable, mais son manque d'accessibilité. Dédale de Joëlle Cordier possède de nombreux atouts. Se présentant comme une fable onirique, cette nouvelle transporte le lecteur dans un autre monde et lui délivre un message percutant sur la destruction engendrée par l'Homme, ciblant particulièrement les conséquences non mesurées de l'exploitation nucléaire. Il est aisé de reconnaître les événements de Fukushima et l'impuissance de l'être humain face au règne impitoyable de la nature. Malheureusement, au-delà de la dénonciation, la forme utilisée rend le récit confus et difficile à appréhender. Par ailleurs, si l'aspect fantastique est bien présent, le lecteur aura beaucoup de mal à repérer une quelconque trace d'Edgar Allan Poe.

En revanche, les autres nouvelles du recueil sont bien plus marquantes, bien qu'elles le fassent de manières différentes. En effet, certaines appartiennent à un registre horrifique, tandis que d'autres effleurent davantage le repoussant. Dérangeantes, aliénantes, ces nouvelles rendent véritablement hommage à l'auteur américain, malgré certains écarts regrettables. En effet, parmi ces récits plus représentatifs, il y en a deux dont les événements et le style d'écriture sont à double tranchant : Le Masque de la mort lente de Morgane Caussarieu et Jamais plus ! de Bruno Pochesci.

Le Masque de la mort lente reprend la tournure des événements de la nouvelle Le Masque de la Mort Rouge, montrant donc son inspiration jusque dans le titre. L'histoire de Poe nous conte les extravagances du prince Prospero, s'étant construit une abbaye fortifiée pour le protéger d'une maladie fulgurante appelée La Mort Rouge. À l'abri en compagnie de mille courtisans, le prince organise nombreux bals et orgies, jusqu'au jour où La Mort Rouge s'infiltre dans ce lieu, provoquant ainsi la perte des réfugiés.
Morgane Caussarieu transpose cette nouvelle au sein de la communauté homosexuelle. Ainsi, le prince Prospero devient la Princesse et la Mort Rouge devient la Mort lente. Tout comme le matériau d'origine, cette version propose un lieu possédant plusieurs pièces de couleurs différentes, à la différence près que chaque pièce n'est en réalité qu'un lieu d'orgie constitué de jouets et installations sexuelles. Et là, nous commençons à toucher le point noir de cette nouvelle : tout n'y est que cliché. Le maître des lieux est surnommé Princesse, les homosexuels ne vivent que pour coucher avec tous les partenaires existants dans le château fortifié quitte à user de comprimés pour conserver une érection, et bien entendu, la Mort lente représente le sida. Par ailleurs, si la nouvelle de Poe représentait la menace dans un linceul, cette version nous propose un costume sadomasochiste laissant uniquement des ouvertures pour la bouche et les orifices intimes.
Il est certain que l'auteur désirait choquer le lecteur et rendre sa lecture dérangeante, malheureusement la communauté décrite transpire tellement les clichés les plus classiques qu'elle fait lever les yeux au ciel, tandis que la Mort lente et ses mouvements reptiliens renforce tellement le stéréotype qu'elle donne un aspect ridicule au récit. Pour couronner le tout, le style d'écriture n'arrange en rien le stéréotype. Constitué essentiellement de vulgarité, le lecteur assiste davantage à un récit pornographique loin de l'angoisse sous-entendue en abordant le recueil.

Jamais plus ! semble être le contraire de la nouvelle précédente, et pourtant, le résultat demeure semblable. Bruno Pochesci prend le risque de mettre en scène Edgar Allan Poe lui-même, au moment où son inspiration lui fait défaut. L'auteur évoque donc les problèmes d'alcool de l'écrivain, ainsi que son exigence envers lui-même. Cependant, le maître du fantastique va assister à un événement qu'il ne croyait possible que dans ses cauchemars. En effet, le pauvre homme se voit poursuivit par une créature effrayante, constituée de tentacules et ne cessant de crier "Catulle !" Sa fuite résultera d'une rencontre avec son digne successeur : Howard Phillips Lovecraft.
Outre le clin d'œil de la créature criant sans cesse le même mot, cette nouvelle reprend le thème du célèbre poème Le Corbeau à savoir le conflit entre le désir d'oublier et le désir de se souvenir. Cependant, il n'est pas question de la perte d'un être cher, mais de la postérité de l'écrivain. Désire-t-il mourir à un âge avancé, poursuivant son œuvre mais en y ajoutant monceaux de médiocrités, ou bien désire-t-il mourir dans quelques jours au sommet de sa gloire ? L'idée en elle-même est plutôt intéressante, mais il est à noter une erreur dans le déroulement de l'histoire. En effet, Lovecraft propose à Poe une mort tardive dans le cercueil à sa droite tandis que le cercueil à sa gauche lui offre une mort imminente. Cependant, après que l'écrivain ait formulé intérieurement son choix, il s'installe dans le cercueil contraire à sa pensée. Si l'on ajoute à cela la facétie de son successeur, le lecteur finit par ne plus comprendre le déroulement des événements.
Si la nouvelle a le mérite d'expliquer avec une pointe de fantastique, les circonstances mystérieuses de la mort d'Edgar Allan Poe, il rend le protagoniste tout à fait ridule. En effet, si Le Masque de la mort lente brillait par sa vulgarité, Jamais plus ! utilise un style horriblement pompeux. Il est de notoriété que l'écrivain américain possédait une élocution soignée et se distinguait par son intelligence. Malheureusement, pour retranscrire cette personnalité, Bruno Pochesci nous livre une écriture si pédante qu'elle frise le ridicule. L'intention est louable, mais la réalisation donne un aspect surfait qui empêche le lecteur de s'immerger dans le récit.
Enfin, la conclusion de ce récit s'avère plutôt hasardeuse. En effet, s'il est majoritairement reconnu qu'Edgar Allan Poe est un maître du fantastique, tout comme le fut son successeur Howard Phillips Lovecraft, le dernier personnage faisant son apparition soulèvera certainement des objections.

Néanmoins, comme évoqué plus tôt, les nouvelles restantes ne possèdent pas ces défauts pouvant nuire à l'immersion et à la lecture. Bien au contraire, elles instaurent un tel climat d'horreur ou de folie qu'elles s'inscrivent parfaitement dans la lignée des histoires extraordinaires. Parmi elles se trouvent tout de même deux récits dont la filiation demeure floue.

En effet, Tous à la morgue de Unity Eiden nous conte l'histoire d'une psychiatre analysant le comportement d'un homme présumé fou. Logeant dans un endroit insalubre au milieu des rats, cet être repoussant possède un journal intime dans lequel il décrit son plan d'éradication de l'espèce humaine en invoquant La Grande Peste. Cependant, si le journal présente un homme atteint de schizophrénie et de folie meurtrière, la psychiatre fait face à un être d'apparence totalement sensée. Ainsi, le lecteur fait face à un personnage à la fois intriguant et dégoûtant, fou et machiavélique.
Cette nouvelle peut être rapprochée du Roi Peste de par son thème, mais les événements sont foncièrement différents pour que cette hypothèse n'évolue pas en certitude. Cependant, les thèmes chers à Poe sont bels et bien présents dans ce récit. La mort, qui plus est la mort provoquée par la maladie, mais également la folie de l'être humain sont des éléments indéniablement proches de l'univers de l'écrivain. Par ailleurs, la nouvelle se termine par une touche de fantastique, sublimant ainsi les menaces mises en place au fil de l'histoire.

La deuxième nouvelle ne possédant pas d'ascendance déterminée est Doppelgänger de John Steelwood, mais elle reprend également des thèmes bien connus. L'auteur met en place un écrivain ayant toutes les peines du monde à poursuivre son roman parce que le téléphone de son voisin ne cesse de sonner. Excédé, il finit par se rendre dans l'appartement, mais son imagination fertile ne peut s'empêcher de lui faire présumer le pire. En effet, c'est un vieil homme qui habite le lieu où retentit la sonnerie, et vu l'attente interminable, le narrateur finit par se convaincre qu'il est arrivé malheur à cet homme. Bien entendu, la suite ne se déroulera pas comme prévu.
Dans cette nouvelle, John Steelwood nous prouve qu'il sait maîtriser la peur provoquée par l'imagination débordante des êtres humains. Une simple sonnerie de téléphone, élément pourtant anodin dans la vie quotidienne se transforme en véritable enfer pour cet écrivain facilement irascible. L'impatience fait place à la colère, qui est succédé par l'angoisse, qui deviendra une peur incontrôlable. Malgré la brièveté du récit, l'auteur parvient à faire monter la tension, le lecteur ne pouvant que compatir et comprendre les réactions du narrateur. Cependant, tout comme cet écrivain, nous sommes loin d'imaginer le pire, et la conclusion de la nouvelle s'abat sur nous par surprise.

Les trois dernières nouvelles sont sans conteste les plus dérangeantes du recueil, pour notre plus grand plaisir. Elles retranscrivent tellement les travers les plus ignobles de l'être humain que l'on ne peut que frémir en les lisant. Être confronté si violemment à l'atrocité dont est capable un de nos semblables ne peut laisser indifférent.

Tout d'abord, il y a SMS de Jean-Charles Flamion où le narrateur incarne certainement les vices aisément les plus détestables. En effet, celui-ci explique froidement qu'il a tué son meilleur ami pour la simple et bonne raison qu'il ne pouvait souffrir le fait qu'il fréquente une jeune femme pleine de charme. Débordant d'envie et de jalousie, le narrateur met au point toute une stratégie afin d'occire tout en faisant passer son crime pour un suicide. Avec de tels amis, il n'est point besoin d'ennemi. Ainsi, le meurtrier devient l'épaule réconfortante pour la femme tant convoitée. Cependant, les événements prennent une tournure surprenante le jour où le narrateur reçoit un SMS en provenance du cadavre. Croyant en premier lieu à une plaisanterie, le meurtrier va sombrer petit à petit dans la folie.
Malgré les divergences, cette nouvelle n'est pas sans rappeler Le Cœur révélateur. En effet, nous suivons un homme coupable d'homicide volontaire, mais un élément perturbateur va perturber sa conscience. Dans le cas du récit de Poe, le narrateur est persuadé d'entendre battre le cœur du cadavre, le menant à avouer son crime tant ce bruit l'obsède et le ronge de culpabilité. Les circonstances sont différentes dans SMS. Le narrateur ne ressent pas de culpabilité, mais il est tout de même obsédé par ces messages qu'il reçoit d'outre-tombe, le menant à douter de tout le monde. La conclusion est également différente, mais dans le fondement, elle demeure semblable puisque le meurtrier découvre les tenants de son obsession.

Nous poursuivons ensuite une ascension crescendo avec Le point de non retour de Théo Gwuiver. Dans cette histoire, nous suivons deux apprentis médecins devant procéder à la dissection d'un cadavre. L'un d'entre eux, pourtant peu impressionnable,  sera fortement troublé par cet exercice et finira par s'absenter plusieurs jours. Son camarade découvrira que sa disparition est due en réalité à un travail effectué sur la vie après la mort.
Théo Gwuiver choisit d'illustrer la peur la plus commune à l'être humain : celle de la mort. En effet, l'un de ses personnages est tellement obsédé par la question de la vie après le trépas qu'il procède à des expériences morbides sur des êtres humains. La nouvelle met donc également en image la volonté de l'Homme à vouloir tout contrôler jusqu'au besoin de jouer à Dieu. La conclusion malheureuse, quant à elle, démontre les limites de l'être humain et ce qu'il risque en gonflant son orgueil de folie.
On peut rapprocher ces nouvelles de deux récits de Poe. Tout d'abord, les expériences réalisées sur les cadavres rappellent énormément l'expérience menée dans La Vérité sur le cas de M. Valdemar. En effet, dans ce texte, un personnage tente de prouver que l'on peut ralentir la mort d'une personne grâce à l'hypnose. Bien entendu, le protagoniste chez Théo Gwuiver agit à un stade plus avancé, mais l'idée demeure la même puisque les deux scientifiques tentent de déjouer la mort en insufflant la vie dans un mourant ou un cadavre. D'autre part, le châtiment s’abattant sur le personnage rappelle le dénouement de La Chute de la Maison Usher. En effet, dans les deux textes, une obsession devient telle qu'elle se retourne contre celui qui la subit, et ce, de façon plutôt semblable.

Enfin, la palme de ce recueil revient à Il paraît que je suis fou de Quentin Foureau. Il est incroyable de voir à quel point l'auteur a su mettre en scène un être dérangé et se complaisant dans sa folie. Le narrateur est un homme ayant voyagé vers le sud avec ses livres. Il décide de s'installer dans une école où il peut ainsi discuter avec ses ouvrages et accomplir la promesse qu'il a faite aux pavés de la rue. Un jour, il entend un bruit particulier et étranger dans l'école. Il s'agit d'une jeune fille ayant fugué et s'étant réfugiée dans ce lieu en apparence abandonné. Ne connaissant pas son nom, le narrateur décide de la nommer Bérénice, comme dans un de ses livres. Cependant, ce n'est pas l'allure de l'adolescente qui attire le narrateur, mais le claquement de ses dents et le chuintement de sa gorge.
La parenté est tout à fait limpide : Quentin Foureau s'inspire de Bérénice, cette nouvelle de Poe où le protagoniste sombre peu à peu dans la folie et finit par nourrir une obsession pour les dents de sa fiancée. Dans Il paraît que je suis fou, le narrateur est animé par la même flamme et ne reconnaît la jeune fille qu'au son de ses dents, doutant de son identité lorsqu'elle ne le produit pas. Il est incroyable de voir à quel point l'auteur a su retranscrire la folie d'un être humain dans un récit à la première personne. Le narrateur commence son témoignage avec lucidité en reprenant la phase du titre, mais plus il parle, plus le lecteur réalise que ce moment de lucidité n'est qu'une étincelle dans les ténèbres obscures de son aliénation.
Il paraît que je suis fou reprend donc des thèmes propres à Edgar Alan Poe, mélangeant la folie et la mort, tout en prenant soin de perdre le lecteur dans le monde du narrateur. En effet, son cheminement de pensées est tel qu'il distille peu à peu sa folie dans l'esprit du lecteur cherchant en vain à se raccrocher à la réalité. L'effet est absolument dérangeant et classe cette nouvelle au-dessus des autres tant l'effroi est palpable.

Finalement, Nouvelles Peaux est un recueil qui permet aux habitués de replonger dans l'univers d'Edgar Allan Poe, et qui donnera peut-être aux novices l'envie de découvrir ce fantastique auteur. Il est dommage que les nouvelles soient inégales, certaines n'étant pas vraiment représentatives de l'auteur admiré, mais il ne fait aucun doute que le ressenti sera différent d'une personne à l'autre en fonction de son vécu et de ses préférences. Toutefois, il est indéniable que les thèmes chers à l'écrivain américain sont parfaitement présents. Concernant les illustrations, Nejma El Gouzili a su rester sobre tout en parvenant à transmettre l'essence des nouvelles mises en lumière.
Ainsi, je remercie les Éditions Luciférines et le forum pour cette découverte.

_________________
lecture en cours : Les Lames du cardinal de Pierre Pevel
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://niniksland.eastasia.fr/
ninik

avatar

Masculin Messages : 2833
Date d'inscription : 29/05/2014
Age : 39
Localisation : Liège

MessageSujet: Re: [Editeur] Editions Luciférines   Jeu 21 Aoû - 9:26

Mon Image
Nouvelles Peaux, de Collectif

Critique d'Achille49

Pari osé mais au minimum intrigant de demander à une dizaine d'auteurs actuels, essentiellement issus du domaine du fantastique ou de la SF, de s'inspirer des oeuvres d'Edgar Allan Poe pour rédiger 10 nouvelles en mode intemporel. Ce sont donc Jean Pierre- Favard, Jean - Charles Flamion, Morgane Caussarieu, Pierre Bruhlet, Joëlle Cordiere, Quentin Foureau, Unity Eiden, Théo Gwuiver, John Steelwood et Bruno Pocheschi, qui pour le besoin de la poursuite de deux livres majeurs de PoeHistoires Extraordinaires » et « Nouvelles Histoires Extraordinaires ») et la cause du Fantastique, sont mis à contribution.
Sur la forme de l'ouvrage, il se compose de 150 pages et d'un nombre également réparti pour chacune des nouvelles, avec de belles illustrations graphiques, les notes bibliographiques et le parcours de chaque auteur et probablement un mot d'ordre ; concision, vocabulaire clair, maîtrise du suspense et récit d'une grande fluidité. Si l'ombre tutélaire du maître est bien là avec en sous impression ses nouvelles majeures que sont "Le Corbeau", "La Chute de la Maison Usher" ou "Le Masque de la Mort Rouge", ce sont bien dix nouvelles originales que le lecteur découvre, mêlant horreur, folie, mort et fantastique (ce qui nous fait aimer les textes de Poe). On peut donc déguster ces récits sans avoir lu celles de Poe mais on en appréciera que mieux l'exercice de style de chacune et chacun. La force de la démarche de ces auteures et auteurs, c'est de réussir à transporter l'esprit du maître dans ses maux, ses peurs et ses thèmes de prédilection et l'influence de ses auteurs fétiches (Baudelaire notamment) à notre époque avec ses propres terreurs et craintes (Sida, mort, épidémie, inconnu) en s'appuyant sur les mêmes ressorts (suspense, irréalisme, rythme, peurs humaines millénaires). Les personnages évoqués par chacun sont souvent des écrivains en mal d'inspiration ou de sommeil, des êtres plus ou moins sains, certains plus scientifiques que d'autres ou à l'inverse des gens communs. Les sentiments les plus irrationnels prédominent ; la mort sous une forme ou une autre rôdent et l'Humanité se perd dans ses errements et égarements. Si le pessimisme est souvent de mise, les scènes de type « gore » ou trop violentes ne sont pas le seul ressort des histoires et c'est l'autre point positif de ce recueil.
J'avoue que pour ma part, ce sont les récits les plus courts, sans excès de fantastique, qui m'ont le plus emballés que les autres, dans les grandes lignes, Il s’agit de
• " SMS " de Jean - Charles Flamion.
• « Le Masque de la Mort Lente " de Morgane Caussarieu.
• ".La Valise " de Pierre Bruhler.
• " Insomniaque " de Jean Pierre Favard .
• " Le Point de non-retour " de Théo Gwuiver.
• " Doppelgänger " de John Steelwood.
• " Jamais plus ! " de Bruno Pochesci.

pour les raisons suivantes ;
- A travers les trois premiers récits c’est la faculté des auteures et auteurs à adopter des thèmes modernes et d’actualités (les SMS permettent chez Jean – Charles Flamion à ses personnages d’engager un dialogue d’outre tombe, le fléau du Sida dans la communauté gay californienne pour Morgane Caussarieu) comme ressort de nos angoisses les plus ancrées (mort, enfermement, douleur) si présentes dans l’œuvre de Poe. Pour Pierre Bruhler, c’est l’exploitation du drame récent du naufrage du Concordia avec une thèse des plus sombres sur la disparition des passagers.
- Pouvoir engager un dialogue avec Poe par le biais d’une de ses nouvelles et ainsi trouver le remède à son mal être et ses insomnies comme recours aux moyens médias actuels anxiogènes (télévision, radio), c’est le pari réussi de Jean Pierre Favard. De même qu’établir l’existence d’un héritage des écrits fantastiques que se passent les auteurs (Lovercraft, Stephen King) depuis Poe comme le fait Bruno Pochesci est original, Deux hommages à un même maître.
- Avec Théo Gwuiver, c’est l’histoire de Frankenstein revisitée avec cet étudiant en médecine qui remet en question les certitudes scientifiques actuelles sur le moment où la mort survient chez l’être humain. Cela n’aurait surement pas déplu à Poe cette approche de l’expérimentation sur des cadavres pour tenter de reculer l’ultime instant de la vie.
- Enfin, l’’exploitation par John Steelwood avec sa nouvelle, de la personnalisation du combat éternel entre le Diable, symbole du mal absolu et son chasseur, habile combinaison entre Chattam et Poe dans l’éternel combat du Mal et du Bien.

Pour d’autres, je suis plus réservé dans la mesure où je n’ai pas réussi en comprendre ni le sens, ni le cadre. Il s’agit de

• « Dédale » de Joëlle Cordier. Critique d’une humanité courant à sa perte comme l’auteur voudrait le faire penser à travers l’évocation de Tchernobyl, du Tsunami et Fukushima mais sans fil conducteur précis.
• " Il paraît que je suis fou " de Quentin Foureau, un récit trop complexe par un style décousu sans histoire.
• " Ils iront tous à la morgue " d’Unity Eiden. Impossible pour moi de faire la liaison entre cette psychiatre, rompue aux entretiens avec les tueurs les plus malfaisants et tordus, qui seraient autant de prophètes d’un pseudo fléau millénaire indéfini.

_________________
lecture en cours : Les Lames du cardinal de Pierre Pevel
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://niniksland.eastasia.fr/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: [Editeur] Editions Luciférines   

Revenir en haut Aller en bas
 
[Editeur] Editions Luciférines
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Au Cœur de l'Imaginarium :: Partenariats :: Partenaires-
Sauter vers: